Le hzem

Accessoire indispensable de la tenue citadine algérienne, le hzem désigne une ceinture se déclinant sous plusieurs formes dont l’usage remonterai au temps des conquêtes arabo-islamiques. L’industrie autour de ces ceintures se perdura dans divers villes d’Algérie, durant plusieurs périodes dont celle des Aghlabides et Fatimides au Xe siècle, des Hammadides au XIIe siècle, des Mérinides au XIIIe siècle puis des ottomans jusqu’à nos jours. Ces différentes dynasties développeront le travail du textile dont celui de la soie, du daim et velours dont le hzem est constitué, ce qui fera accroître et rayonner la mode algérienne de l’époque entraînant les contrées voisines à s’y soumettre : « différentes qualités d’étoffes de soie et de ceintures qu’ils -artisans- exportent dans l’Empire du Maroc, à Tunis et à Tripoli, et dans toute l’Asie » !

Le hzem masculin

Élément essentiel dans l’apparat du citadin algérien, le hzem masculin consiste en un rectangle de textile large donc la longueur varie entre deux et six mètres selon la classe sociale de l’individu. Le hzem masculin a la caractéristique d’être convenablement serré au niveau du ventre pour maintenir divers objets tels que les bourses de monnaie, les étuis à Coran ou encore les armes pour les gardiens de la ville, il fut un temps. Ce qui le caractérise du hzem féminin c’est sa souplesse et sa simplicité car rarement brodé il est souvent enrichie de motifs rayés de couleurs vivaces contrastant avec les couleurs du jabadouli pour donner fière allure à l’homme citadin d’Algérie. La réputation du hzem masculin algérien sera telle, qu’elle ne s’arrêtera pas aux foyer citadin du sultanat d’El Djazaïr, cette ceinture aux arabesques d’Algérie se fera connaitre au sein meme de la noblesse de l’Empire Ottoman plus précisément celle d’Istanbul durant le milieu du XVIIIe siècle jusqu’au début du XIXe siècle, divers sultans d’Istanbul commanderont « en 1758, 80 ceintures en soie et or; en 1761, 18; en 1767, 50; en 1775, 53; en 1791, 60; en 1809,75 » pour eux-meme ainsi que pour leurs favorites se mettant à la mode du hzem large d’Algérie appelé hzem ‘arbi.

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Le hzem féminin

Le hzem est un accessoire indispensable chez la femme citadine d’Algérie. Chaque ville possède un hzem avec des caractéristiques différentes selon les classes sociales mais aussi les régions. Nous retrouvons :

  • le hzem ‘arbi : une ceinture très large mesurant plus de quatre mètres de longueur, portée par les femmes citadines d’Algérie mais aussi chez les femmes de Biskra et de la tribu des Ouled Nail ou la culture citadine est semi-présente. Cette ceinture avait pour fonction celui d’un corset conférant à la femme d’antan une grâce lors de sa démarche et rehausser sa posture une fois assise sur son divan lors de la réception d’invités. Les rayures et coloris vivaces de la ceinture contrastaient souvent avec le caftan ou la jebba des femmes algériennes, souvent confectionnés en velours. Les femmes d’Alger avaient pour habitude de nouer leur hzem ‘arbi avec élégance laissant pendouiller les franges tressées au fil d’or. L’excellente réputation que possédait les tisserands algériens pour la confection du hzem ‘arbi se faisait ressentir partout dans l’Afrique du Nord plus précisément dans les villes de Fès, Oujda et les villes du littoral du Sultanat de Fès(actuel nord du Maroc). Ainsi le hzem ‘arbi se fera appeler par la population du Sultanat de Fès « hzoum dziri » en référence à son origine algérienne et sera se faire une place au sein des accessoires de la femme marocaine.

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  • le hzem soltani : originaire de l’est algérien cette ceinture raffinée en or fut autrefois garnie de sequin datant de la période des Aghlabides et Fatimides. Les sequins seront remplacés par des soltanis, pièces en or d’époque ottomane puis par des louis d’or durant la colonisation. Il est de tradition pour la mariée de porter cette ceinture autour du cou durant les rites nuptiaux de Constantine.
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  • le hzem el qitane : cette ceinture est taillée dans du daim puis somptueusement brodé au fil d’or et parsemé de pierres précieuses pour les femmes fortunées des villes d’Algérie à laquelle vient s’adosser une boucle en or ou argent appelée « fom ». Les algéroises les plus aisées se voyaient endosser un hzem el qitane au bas de leur poitrine et un hzem ‘arbi au niveau des hanches.
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  • la mhazma : une ceinture métallique en or ou en argent se caractérisant par un travail de ciselure  impressionnant dont la largeur dépendait du statut de la porteuse. Nous retrouvons cette ceinture dans toutes les régions d’Algérie dont principalement les centres citadins, semi-citadins et parfois ruraux. Cette ceinture est souvent enjolivée par une boucle massive dite « fom » originaire de la période ottomane ornée de motifs autochtones.

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  • le tisfifine désignant la ceinture berbère faite de laine que nous retrouvons dans la région de Kabylie et des Aurès. Il existe plusieurs variété de cette ceinture selon les tribus berbères, certaines sont courtes, d’autres sont fines et peuvent mesurer plusieurs mètres avec pour finissions des pompons colorés.
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  • l’erbat : cette ceinture peu connue ressemblant à un foulard, fine et généralement faite de soie, est une ceinture principalement portée par les juives qu’elles nouent sur leur jebba. Elle se caractérise par ses motifs rayée et souvent par ses fils d’or tressés tombant tels une pluie dorée lorsque la femme se met à déambuler.

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Le hzem dans la tradition nuptiale

Le hzem revête toute une procession chargée de mysticisme durant les rites nuptiaux, en effet il est le symbole et l’affirmation du passage de la femme vierge et célibataire à celle accédant aux cercles des femmes mariées. Dans chaque contrée d’Algérie la procession nuptiale du hzem diffère, généralement cette cérémonie se déroule le septième jour du mariage, dans la ville de Mostaganem les rites du hzem se symbolisent par un nouage par sept, chez les bédouins nomades de Naâma un homme sage et âgé appelé « al wazir » vient endosser le hzem puis accompagne la jeune mariée dans une khaima(tente traditionnelle), dans quelques villages de Kabylie cette cérémonie consiste à nouer le tisfifine sept fois autour de la taille de la mariée et le dénouer jusqu’au dernier tour pour débuter une sorte de course avec la mariée autour de la maison qui a servi au rituel, dans la ville de Constantine le hzem de la mariée est déposé sur sa nuque avant d’être noué autour de sa taille… Bien qu’ils diffèrent, ces rituels liés au hzem à travers les régions d’Algérie sont l’allégorie de la prospérité et de la fécondité que reçoit la jeune mariée.

Références :

  • L’Algérie, terre d’art et d’histoire, Berque, 1937.
  • Le Miroir, Aperçu historique et statistique sur la Régence d’Alger, Sidi Hamdan Ben Othmane Khodja, 1833.
  • Au Maroc – Fès, la capitale du nord, Comte Maurice de Périgny, 1910.
  • Algéroises. Histoire d’un costume méditerranéen, Leyla Belkaid, 2000.
  • Les costumes d’Algérie, Leyla Belkaid, 2003.

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