Le haïk

Ancien drapé porté par les femmes et autrefois par les hommes, le haïk est une longue étoffe de soie ou de laine dans laquelle les femmes citadines et rurales depuis la Numidie(Algérie antique) jusqu’à nos jours s’enveloppent. Le haïk s’est aussi l’un des symboles indissociables de la femme algérienne durant la guerre de libération menée contre les troupes coloniales françaises.

Un drapé antique

Plusieurs éléments attestent de l’existence du haïk durant l’Antiquité, ce voile antérieur à l’Islam était autrefois porté par les anciennes civilisations du bassin méditerranée dont les Numides, les Grecques, les Étrusques, les Romains… L’age d’or du royaume numide entraînera une forte attraction de l’aristocratie grec citadine au IIIe siècle provoquant une modification du port de la « tamelhaft » numide ancêtre du haïk ainsi les femmes citadines de Numidie s’habitueront à alterner : voile à fibule et voile sans fibules selon la mode hellénistique. L’historien et géographe Hérodote fera mention de l’ancêtre du haïk dans son oeuvre Quatrième livre, en décrivant la vie sociale en Numidie. Avec l’invasion romaine les anciennes cités de Numidie connaîtront une véritable transformation et une dynamique importante, les Romains décriront la société autochtone avec des mosaïques et des statues en faisant apparaître le haïk antique dont le temps ne semble avoir altéré l’usage.

 

L’Islam et le haïk

Le mot haïk provient de l’arabe « haka » se traduisant par tisser, ce nom sera adopté dans les centres citadins du nord de l’Algérie lors de l’établissement des premières dynasties islamiques algériennes pour designer la tamelhaft que portaient les citadines de l’Antiquité. L’arrivée de l’Islam puis l’établissement de l’empire ottoman entraînera une transformation de cette tenue avec l’apparition de la voilette muchant le visage appelée « adjar » ou  » ‘ajar  » mais aussi une diversification du haïk tant dans les motifs qu’il arbore, que dans sa longueur et du choix du tissu. Cette diversification se manifeste selon les différentes régions du pays, nous retrouvons ainsi : le haïk rayé, la mlaya de couleur noire, le haïk diwan de couleur bleu, le haf, sefsari, bou’ouina ou ahouli, le ghanbour, le haïk mrama, le haïk mraya, le ksa, le houli, le ‘ach’achi

 

Le haïk dans la révolution algérienne

Durant la guerre de Libération face au colonialisme français, le haïk fut le vêtement traditionnel algérien qui s’est imposé comme l’un des symboles de la résistance. En effet, la femme citadine algérienne plus précisément celle de la capitale durant la bataille d’Alger qui débutait le 7 janvier 1957 se servait du haïk comme un cache d’armes pour fournir les combattants du FLN situés à plusieurs points stratégiques d’Alger. Le haïk c’était aussi un moyen de dire NON à l’oppression de déracinement culturel imposé par la France sur les femmes algériennes les incitants à plusieurs reprises d’abandonner leur patrimoine vestimentaire, les algériennes répondront à cette lourde oppression par un déferlement dans toute la capitale algérienne vêtu de la haïk blanc immaculé.

 

Le haïk aujourd’hui

La femme algérienne d’aujourd’hui ne possède plus le lien étroit d’antan avec le haïk que portaient leurs aïeules, laissant progressivement à l’abandon cette tenue traditionnelle algérienne. Il subsiste malgré tout quelques femmes attachés à leur drapé. Pour donner goût à la jeunesse féminine algérienne de porter le haïk, plusieurs associations ont vu le jour dans le pays organisant ainsi des événements culturels d’envergure tels que des journées dédiées au haïk, on retiendra le nom de l’association Belaredj « Les Avant-Gardistes Du Haik ». En parallèle des activités associatives, quelques stylistes s’impliquent à mettre en avant le haïk dans leur collection on citera par ailleurs Samir Kerzabi lors de son défilé en Corée du Sud.

 

Références :

  • Livre IV, Hérodote, IV siècle av. J.-C.
  • Les costumes d’Algérie, Leyla Belkaid, 2003.
  • Les mots de la guerre d’Algérie, Benjamin Stora, 2005.
  • Des femmes écrivent l’Afrique : L’Afrique du Nord, Fatima Sadiqi, ‎Amira Nowaira, ‎Azza El Kholy, 2013.

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